Compte-rendu d'expédition spéléologique Tiankeng 09 4514


Dans Pixiaodong les les filaments de gypse forment des amas aériens. © gkc-tiankeng 09 / jpb  

Cette année encore les zones de travail se situent dans le Guizhou au nord sur le massif de la Shuanghe (district de Suiyang) et au sud de la province dans les districts de Pingtang et Luodian. L'équipe volontairement réduite avait pour objectif de continuer les reconnaissances dans la zone des grandes dolines de Tangbian et la réalisation du stage de formation technique spéléologie à  Wenquan.




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Dans Pixiaodong les croûtes combinant gypse et calcite bleue (? en cours d'analyse) qui recouvre les plafonds et parois sur plusieurs centaines de mètres carrés. © gkc-tiankeng 09 / jpb

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Dans Pixiaodong les croûtes combinant gypse et calcite bleue (? en cours d'analyse). © gkc-tiankeng 09 / jpb

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Ce tronc témoigne de la violence des crues dans la grotte de Xiadong-Yinhedong. © gkc-tiankeng 09 / jpb© gkc-tiankeng 09 / jpb

Franchissement d'une vasque dans la grotte de Xiadong au cours du stage de formation technique. © gkc-tiankeng 09 / jpb
  Tiankeng 09

Organisation : PSCJA, GKREDRC
Pays : Chine
Province : Guizhou
District : Suiyang, Luodian, Pingtang

Participants Français :
Jean Pierre Barbary, Jean Bottazzi, Bruno Hugon, Patricia Hugon, Robert Peyron.

Participants Chinois :
He Wei, Li Po, Qian Zhi, Yang Bo, Zhang Kai Qi, Han Feng.

Date : du 14/03/09 au 12/04/09

Cette année encore les zones de travail se situent dans le Guizhou  nord sur le massif de la Shuanghe (district de Suiyang) et au sud de la province dans les districts de Pingtang et Luodian. L'équipe volontairement réduite avait pour objectif de continuer les reconnaissances dans la zone des grandes dolines de Tangbian et la réalisation du stage de formation technique spéléologie à Wenquan.

I Reconnaissance et Explorations spéléologiques

A. Le bassin versant des résurgences de Dajing et Xiaojing
L'objectif était de poursuivre les reconnaissances sur les phénomènes karstiques du bassin versant moyen des grandes résurgences de Dajing et Xiaojing. Nous les avions explorées en 1986 lors de notre première expédition (Guizhou expé 86) et revisitées en 2008 (Guizhou 2008). Ces deux grands bassins versants (950 et 610 km2) s'étendent sur plusieurs districts du sud de la province du Guizhou notamment Huishui, Pingtang et Luodian.
C'est à partir du village de Tangbian (Pingtang) que nous avons mené nos investigations. Les phénomènes reconnus se situent donc aux alentours du grand bassin de Tangbian et au sud jusqu'aux grandes résurgences.

Indiquée par des locaux la grotte de Xiahedong (dev 1 200 m) semble bien être une deuxième entrée à la grotte-perte de Baizhangluoshuidong (village de Tangbian , district de Pingtang) qui est la deuxième et dernière perte de la rivière Baizhang avant sa réapparition aux résurgences. La jonction entre ces deux cavités est évidente en terme d'hydrogéologie mais beaucoup moins au niveau spéléologique (grosse rivière et gros blocs), elle reste à effectuer.
Dans la zone des tiankengs nous avons reconnu en coup de vent un site extrêmement intéressant la grotte de Shigaodong qui semble développer plusieurs kilomètres. L'exploration et la topographie restent à effectuer elle rejoint la doline de Daidaihe par une entrée minuscule s'ouvrant dans les vastes pentes nord de la doline.
Plus loin encore au sud de la dépression géante de Dadaihe un groupe de cavités reste à explorer. Parmi elles nous avons commencé l'exploration de Pipodong (dev ; 304 m) grotte extrêmement intéressante notamment avec son violent courant d'air intermittent, de magnifiques perles des cavernes aux formes étranges et ses racines volantes...

 

En bordure ouest du grand bassin de Tangbian la grotte de Shuidong avec ses 2 938 m représente bien les vieilles pertes de contact entre les imperméables du Permien supérieur et les calcaires du Permien inférieur. Le terminus de cette cavité se situe dans une galerie de 100 m de haut mais le cheminement y est compliqué...

Au total en 8 jours nous avons donc identifié et situé 13 nouvelles cavités (15 entrées), 10 ont été visitées ou explorées et 9 topographiées pour un total de 5887,3 m de galeries.


B. Le massif de la Shuanghe (District de Suiyang)

Sur le réseau de Shuanghedongqun nous avons topographié 2 745 m de galeries supplémentaires dans le bloc amont de Longtanzishuidong ces nouvelles explorations, en dépassant le siphon amont, ouvrent une très importante porte d'accès au nord et à l'ouest du système.

Les nouvelles indications de Zhao Zhongghuo sur l'existence d'une importante grotte à courant d'air située au-dessus de la grotte de Huangyukong et d'une dizaine d'autres entrées pourraient orienter nos futures explorations sur cette zone stratégique du massif. L'exploration de ces nouvelles entrées permettra peut être de réduire les temps de progression permettant d'atteindre les terminus des réseaux qui se font de plus en plus lointain.
La grotte de Shuanghedongqun å développe donc à ce jour 119 792 m pour un dénivelé total de 593 m et se situe à la 14 ème place du classement des plus longue cavités de la planète.

Après une visite dans la grotte de Shigaodong nous avons constaté que même très objectivement l'aménagement récent de cette entrée est un échec plûtot catastrophique et nous pose un sérieux problème d'éthique quant à notre rôle. Le manque total de concertation qui précède les aménagements souterrains est le principal facteur de cet échec. 

Nous avons aussi effectué deux séances photos dans le réseau du gypse à la grotte de Pixiaodong ces deux visites confirment bien que cette partie de la cavité est exceptionnelle et que à ce titre elle doit etre immédiatement protégée et que tout aménagement est à proscrire dans l'état actuel des choses. 
L'abondance des types de cristallisations des concrétions de gypse (le plus représenté), de calcite et probablement d'autres minéraux (crosses, fleurs, croûtes, cristaux, filaments, poudres, hélectites...) est exceptionnelle. Avec notamment Cette partie de la cavité mériterait largement d'être le sujet d'une thèse en cristallographie souterraine... 

Sur le reste du massif.
Après le stage, avec l'équipe spéléo de Macao et Hongkong nous avons exploré et topographié la grotte de Heitaoping. C'est une petite résurgence perchée qui développe 245 m. Malgré ses petites dimensions cette cavité s'avère extrêmement intéressante grâce à la grande diversité de sa faune souterraine représentée notamment par des crustacés cavernicoles.

II Le stage de formation technique

Cette année le stage de formation technique a réuni 15 stagiaires sur une durée de cinq jours il s'est déroulé dans le village de Wenquan. Même si la formule est un peu courte elle confirme son succès et commence à s'établir doucement en Chine comme la référence en terme de formation spéléologique.

Conclusions et perspectives

Au cours de cette expédition nous avons donc topographié 8 877 m de galerie, c'est peu par rapport aux résultats habituels, mais conforme à la taille de l'équipe. La reconnaissance de nombreux objectifs nous a pris beaucoup de temps. Nous avons pu faire un point précis sur certains aspects du développement du Géopark.

Dans la zone des bassins de Daxiaojing un gigantesque et passionnant puzzle spéléologique se met donc en place avec au coeur ces gigantesques formes karstiques négatives que sont ces dolines et tiankeng du groupe de Dadaihe. C'est semble t'il le vide karstique le plus volumineux de Chine et donc de la planète.. L'échelle géographique du terrain d'investigation promet en tout cas des explorations de très longue haleine 

Sur le réseau de Shuanghedong les explorations des zones lointaines marquent logiquement le pas mais il reste de nombreuses reprises de topographies même dans certaines zones d'entrée. Le souhait des autorités de Suiyang est que le réseau de Shuanghedongqun entre dans le top 10 des plus longues grottes de la planète. Mais les 4 places qui le sépare du top 10 représentent quand même plus de 40 km de topographie supplémentaire !! C'est donc un vrai challenge qui nécessitera une réorganisation des explorations camps avancés explorations systématiques des nouvelles entrées et bivouac indispensable dans certaines parties du réseau et le tout sans lasser les équipes d'explorateurs qui rêvent aussi de nouveaux horizons spéléologiques.
Pour l'environnement général il semble bien que nous devions redéfinir notre position et essayer d'influer plus fortement sur le développement du Géopark et notamment sur les aménagements souterrains avant que des dégâts irréparables soit effectués.
En ce qui concerne nos activités de formation outre la poursuite du stage de formation technique il est de plus en plus évident que la nécessité d'un stage de spéléo secours s'impose.
Et dans le cadre de notre collaboration avec le GKREDRC un voyage d'étude en France de nos partenaires chinois semble se dessiner pour l'automne 2009.

[Jean Pierre Barbary]
     







jpb Publié le : Mardi 25 août 2009 @ 11:25:43