dong Shuanghedongqun - 双河洞

Shuangheshuidong (30)
Shuangheshuidong est une des premières grottes répertoriées du réseau. C’est en effet l’une des trois résurgences majeures dans la vallée de Shuanghe.
Le long lac d’entrée, puis les longues vires parfois glissantes et exposées au-dessus du canyon en faisaient une grotte parmi les plus difficiles à parcourir. Le collecteur par l’amont est accessible en descendant par Longtanzi, mais la voûte rasante située à mi-chemin n’a été franchie qu’une fois, lors de l’exploration. Il y avait aussi un accès plus proche au collecteur amont, par le tiankeng de Tuanduiwoshuidong, qui se descendait en s’accrochant aux brindilles et prises diverses taillées par les autochtones qui exploitaient du nitrate dans les diverses grottes partant à sa base. Ce tiankeng d’autre part était surtout accessible par la longue grotte fossile de Shigaodong. Pourquoi parler à l’imparfait ? Parce que tout a changé avec le développement touristique récent et que des contournements ont été trouvés pour éviter la voûte rasante. Aujourd’hui, un sentier aménagé et éclairé longe le lac d’entrée, remonte la rivière dans les premières salles, grimpe dans le canyon, ressort dans le tiankeng de Tuanduiwoshuidong, le remonte, puis des « Cadil- lac » électriques transportent les touristes les mieux argentés et les plus fatigués à travers Shigaodong. Il y a des années que le développement de cette grotte était en projet. C’est aujourd’hui chose faite et le puissant courant d’air froid qui s’écoule au fond de la vallée de Shuanghe climatise un véritable village de vacances là où, en 2011, nous nous sentions un peu loin de tout.
Ces aménagements ont dans un premier temps peu influencé les explorations de Shuangheshuidong puisque jusqu’à fin 2018 deux explorations seulement avaient utilisé le chemin aménagé. En 2018, lors d’une crue dévastatrice pour les infrastructures touristiques, les gérants ont observé une arrivée d’eau non corrélée aux crues du tiankeng de Tuanduiwo et de la rivière de Longtanzi, mais à une crue sur le grand poljé de Dadong. Par ailleurs, l’eau arrivait par un endroit inattendu. Ce qui a motivé une fouille soignée du secteur que l’on considérait, à juste titre en fait, comme peu prometteur et que l’on peut situer globalement comme l’étage inférieur du tiankeng de Tuanduiwo. La conclusion actuelle de cette enquête est tout simplement qu’une crue du poljé de Dadong a dû mettre en charge le collecteur de Hongzhaozidong (la rivière timide) suffisamment pour refluer via son affluent, la rivière du tourbillon, jusqu’à Shuangheshuidong. Ces galeries sont décrites dans le paragraphe précédant puisque la rivière du tourbillon n’alimente pas Shuangheshuidong.
Points de repères
Depuis l’entrée, juste après le lac à droite se trouve l’ultime affluent avant la sortie. Plus loin, la rivière vient d’une trémie et on monte dans le canyon qui rejoint une galerie supérieure. Juste avant cette jonction se trouve le secteur nommé sur les vires, car c’est sur les vires qu’est arrivée la crue mystérieuse citée plus haut. Dans cette galerie supérieure, si on quitte le chemin touristique pour la suivre vers la gauche, on va vers la jonction avec Mahuangdong et Hongzhaozidong par la rivière des tourbillons. Mais on trouve tout de suite, en remontant à droite sur une coulée de calcite, une galerie assez vaste s’achevant sur une trémie avec, juste avant, l’avaloir. Dans la galerie supérieure, le chemin touristique continue à droite, puis quitte la galerie pour monter encore à droite vers le Tiankeng de Tuanduiwo. On passe sur un plancher au-dessus d’une cascade et on serpente un peu avant la sortie. La remontée sur fracture est à droite un peu avant d’apercevoir la lumière du jour.
Avant la montée à droite vers le tiankeng de Tuanduiwo, la galerie supérieure continue tout droit, sauvage comme savent l’apparaître les trop-pleins de gros collecteurs. Elle descend jusqu’à un coude où l’on rejoint la rivière qui se perd dans les diaclases de capture.
Un peu avant ce coude sur la droite se trouve le départ de l’escalade au-dessus des diaclases. L’amont du collecteur présente un lac profond et sans vire. Tout de suite après, sur la droite, commence une galerie remontante. C’est l’escalade après le lac. Le collecteur à l’amont passe sous un puits remontant venant de Luojiaodong dont le porche se trouve dans le tiankeng de Tuanduiwo. Les lacs pour la plupart peuvent se shunter par des escalades suivies de vires. On passe au pied d’une salle déclive avec des gros blocs, une escalade avait été tentée du côté amont de cette salle, elle n’a donné qu’une longue vire, un court tronçon de galerie et une descente inutile un peu plus loin. Nous voulions shunter la voûte rasante toute proche par le haut, alors qu’il existe en fait deux shunts, le shunt par la gauche et le shunt par la droite.
L’ultime affluent avant la sortie
Il mesure une centaine de mètres et est pratiquement horizontal jusqu’à son extrémité, une remontée sur coulée de calcite s’achevant par une trémie. Ce petit conduit présente des traces d’écoulements temporaires.
L’avaloir
C’est un entonnoir presque à l’extrémité d’une galerie latérale joliment concrétionnée débutant juste avant le P10 et descendant vers la rivière du tourbillon. On descend d’une dizaine de mètres dans un ressaut incliné en opposition pour prendre pied dans une galerie d’un mètre de large. À l’aval nous sommes arrêtés au bout de quelques mètres par une trémie. À l’amont la galerie se transforme rapidement en une faille de 4 à 5 m de haut, d’abord large, puis de plus en plus « savoyarde », parcourue par un petit ruisselet. Rapidement il faut chercher un passage au sol, ou très haut, avant de redescendre dans un élargissement qui marque la fin de la faille sur pincement. Juste avant, une escalade de 2 m sur la gauche donne dans une galerie basse parallèle à la faille sur 5m; suit un virage à gauche à 90°, 10m de galerie, virage à droite, encore 10 m qui conduisent au terminus colmaté. Juste au niveau du dernier virage, à gauche, une cascatelle tombe d’une cheminée de 2à 3m de diamètre et de 5 à 6m de haut. C’est la fin de l’exploration. La première escalade aura donné environ 200 m de topo, la faille sous l’entonnoir un peu moins de 100 m.
La remonté sur fracture
Nous avons escaladé sur 18 m une grande fracture. Une courte partie horizontale en haut présente des traces d’écoulement avant d’être entièrement colmatée par la calcite. Aujourd’hui, un spot éclaire cette galerie.
Les diaclases de capture
La rivière traversant le tiankeng de Longtanzi sort à la résurgence de Shuangheshuidong. On peut la parcourir sur plusieurs kilomètres, mais quelques centaines de mètres avant de sortir, elle se perd dans un lac temporaire à l’occasion d’un coude pour réapparaître par une trémie proche de la sortie des eaux. Il est intéressant d’observer cette capture de la rivière - relativement récente - qui autrefois poursuivait son parcours hypogée sur plusieurs kilomètres vers une autre résurgence.
En inspectant le coude où se perd la rivière, on peut y explorer un réseau de diaclases orthogonales. En arrivant depuis Shuangheshuidong, la première de ces diaclases est le plus souvent hors de l’eau alors que la troisième est en général active. La deuxième rejoint rapidement la première, ce sont donc deux diaclases parallèles qui arrivent ensemble sur une diaclase perpendiculaire. En face, une remontée argileuse n’a pas donné de suite. À droite, on a rapidement un coude à 90° et on arrive dans une petite salle avec une trémie de tronc d’arbres. Après désobstruction, on descend un petit ressaut et on arrive dans un coude qui était entièrement occupé par une profonde laisse d’eau lors de la première exploration. Une nouvelle visite en période plus sèche a permis de voir que la rivière passe par cet endroit. L’aval, à droite, mène rapidement à un laminoir siphonnant. L’amont, à gauche, rejoint la rivière citée ci-après moyennant le déblayage d’une nouvelle obstruction de troncs d’arbres. À gauche, il y a une nouvelle bifurcation. La rivière arrive de la gauche, elle provient d’un griffon qui l’avait soutiré à la troisième diaclase. On peut poursuivre un peu cette branche en franchissant une laisse d’eau stagnante, il faut alors -après un coude - remonter en opposition de plus en plus étroite jusqu’à ne plus pouvoir avancer. À droite, l’aval de la rivière ne peut pas être suivi bien longtemps. En effet, après un ressaut, elle s’écoule dans un conduit qui va en se rétrécissant. Elle retrouve la laisse d’eau temporaire derrière la trémie de troncs. Un passage
supérieur quant à lui s’achève sur une trémie de blocs.
Les perspectives d’exploration ne sont pas bien importantes dans ce secteur : en effet, il ne manque guère que 30m pour rejoindre la grotte de Shuangheshuidong où sort la rivière. De ce côté, l’eau circule à travers une vaste trémie. La plus avancée des branches pourrait être poursuivie, mais c’est très étroit. Un premier gros tronc d’arbre est pris entre les blocs, signe que l’obstruction en amont ne peut pas générer de passage trop tortueux.
Escalade au-dessus des diaclases
On monte en libre sur une quinzaine de mètres par des vires en paroi de droite de la galerie jusqu’à un gros rocher. Il faut ensuite équiper pour monter encore en avançant et tourner dans la galerie convoitée. Elle monte continuellement, la pente s’adoucie lorsqu’on rejoint le plafond où un colmatage de calcite interdit toute progression.
Escalade après le lac
La galerie remonte sur un remplissage sablonneux, puis il faut grimper. Pour cela, il a fallu plus de 20 m de corde, 2 marches taillées, deux amarrages naturels et 5 amarrages artificiels. La lèvre du puits est en sable, 2 goujons, ont été posés plus haut dans la roche pour permettre de redescendre. Le haut de l’escalade débouche sur une salle carrefour de trois grosses galeries. En arrière, la galerie d’où l’on vient est une conduite forcée avec des banquettes où la progression semble délicate et reboucle probablement au-dessus de la rivière. À droite, une galerie concrétionnée revient au-dessus du lac par un large surcreusement. En face, la galerie est large, sol sableux, mais se termine assez rapidement. Un rappel a été tiré sur les deux plaquettes.
Shunt par la droite
C’est en fait le dernier qui ait été exploré. Avant la voûte rasante, la galerie prend la forme d’un vaste laminoir avec des dunes de gros galets roulés et quelques gros troncs d’arbre enchâssés dans les sédiments. Il y a sur la droite un petit affluent partant au nord. On circule sur des dunes boueuses, on rampe un peu, puis on grimpe de 4 m dans un méandre étroit garni de ces sempiternelles et horripilantes concrétions en choux-fleur. On débouche dans un conduit plus vaste. Le petit actif provient d’un siphon étroit.
Un peu avant une laisse d’eau dans un secteur bas de plafond et boueux située 300 m après le siphon, on peut grimper en ramonage dans une diaclase étroite. Plus on monte, plus la présence de courant d’air se confirme. Des gros galets coincés suggèrent l’approche d’un réseau plus important. De fait, après le haut de cette escalade de 16 m, on débouche par une fissure dans la salle maman, viens me chercher ! depuis laquelle on peut rejoindre le tiankeng de Longtanzi.
Shunt par la gauche
Avant la voûte rasante, en paroi gauche, masqué par les galets, il y a un départ bas de plafond dans lequel on avance sur la droite en se fiant au courant d’air pour trouver une étroiture un peu boueuse. Le boyau qui suit va en s’élargissant. Si on reste à ce niveau, on est parti pour presque 500 m avant d’atteindre un P7, un gros entonnoir de boue avec à sa base une voûte mouillante étroite ne laissant filtrer aucun courant d’air. Il est manifeste qu’en crue, l’eau remonte par cet entonnoir et ennoie le boyau. En fait, 50 m après l’étroiture, on passe sous une diaclase.
Il faut y faire une escalade de 15 m pour trouver la suite. En haut, on débouche au sol d’une grande galerie méandriforme présentant deux options. Si on va au nord-est, on avance de 120 m jusqu’à un P20 non descendu, mais il ne fait guère de doute qu’il rejoint la rivière à l’aval de la voûte rasante. Vers le sud- ouest, la galerie s’élargit. On grimpe de 3 m un beau seuil de débordement fossile, puis la galerie s’élargit encore. Si on grimpe de 5m immédiatement sur la droite, on a un gros conduit déclive qui se franchit par une vire un peu exposée perchée sur la gauche. La galerie qui suit s’achève 100 m plus loin sur deux puits, l’un est au-dessus du P20 précédemment cité, l’autre, un P10, n’est peut-être qu’un premier ressaut pour descendre dans la grande salle située à l’aval la voûte rasante. Ce beau puits-galerie restera sans doute longtemps non descendu.
La continuation de la galerie sud-ouest s’élargit encore. On traverse une salle, on monte entre des blocs colossaux, puis la diaclase se resserre. On arrive en haut d’un ressaut de 2 m qui n’est autre que l’ escalade de 2 m qui avait été découverte lors de l’exploration du réseau du zef here. Il suffit de redescendre vers la droite pour rejoindre le collecteur, juste en amont de la voûte rasante. [Jean Bottazzi]

AUT. VAR (2019) Jean BOTTAZZI, Éric SANSON, Bruno HUGON, Olivier TESTA, Alain MAURICE, Marc GUICHOT, Florence GUILLOT, Cécile PACAUT, Marc FAVERJON, Marc TREMBLAY, Amandine LABORDE, Nicolas FAURE, Emmanuel VITTE, Jessica MORIN-BUOTE, Éric DAVID, Éric LECUYER, Éric MADELAINE, Gilles CONNES. Topographes Jean BOTTAZZI, Éric SANSON, Bruno HUGON, Nicolas FAURE, Olivier TESTA, Barnabé FOURGOUS, Pascal ORCHAMPT, Emmanuel VITTE, Éric DAVID, Marc TREMBLAY, Florence GUILLOT, Fabien MULLET, Marc FAVERJON, Charles BUTIN, Cécile PACAUT, Alain MAURICE, Gilles CONNES, Jes- sica MORIN-BUOTE, Michel ISNARD, Jean-Pierre BARBARY, Patrick LETOURNEL, Marc SÉCLIER, Marc GUICHOT, Vivien MOINAT, Éric MADELAINE, Silvia ARRICA, Silvère PASTUREAU, LIZIXIN, Éric LECUYER, Thierry MONGÈS, Amandine LABORDE, Daniel BETZ, Olivier JÄRMANN, Christian DELAIRE. Coordination, rédaction, synthèse topographique et composition : Jean BOTTAZZI
Spelunca Mémoires n° 39 (2019) Voyages en terre chinoise tome 5. Expéditions spéléologiques franco-chinoises 2011-2019 dans les grottes de Suiyang Shuanghedong
Analyse : gkc-JPB

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