Grottes et karsts de Chine
Sur les traces de Xu Xiake

L'eau goutte à goutte finit toujours par percer la pierre. Parcourir dix mille li, lire dix mille livres.

expe Guizh’août 2006


Nom : Guizh’août 2006
Année : 2006
Date : 15/08/2006 1/09/2006
Nationalité : Française
Organisateurs : URSUS /PSCJA GIMR
Liste des membres : [1]
Jean Bottazzi.
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Résumé :

URSUS / PSCJA GIMR

Pays : Chine

Province : Guizhou

District : Suiyang, Ziyun.

Participants : Jean Bottazzi

Date : du 15/08 au 1/09/2006

Voici les quelques résultats spéléo glanés lors de cette micro-expé improvisée. A Suiyang, j’étais accompagné de Wu Kehua, un collaborateur de Lipo, et à Ziyun de Qianzhi. Le film CCTV était sous la direction de Wang Xing.

A) Suiyang

1) topographie de Lengfengdong à Wenquan.

Cette grotte située au bord de la route dans le village de Wenquan était idéalement située pour organiser des visites, il était dont important de s’assurer de son exact potentiel en la matière.

Le couloir d’entrée, une petite conduite forcée de moins de 2m de diamètre, est utilisée pour stocker au frais quelques légumes ; le courant d’air froid qui s’en échappe procure aux habitants de Wenquan un petit lieu de confort lors des chaudes soirées estivales. Très vite, une trémie obstrue le passage. Il faut se faufiler par une étroiture pour aller plus loin. Au delà de cet obstacle, aucune trace de passage n’a été repéré, pourtant, le gabarit de l’étroiture correspond exactement à ce qu’il faut pour le passage d’un homme et il est à peu près certain que ce passage a été désobstrué. Le petit réseau qui suit est très décevant. En effet, on est dans un enchevêtrement de fractures avec de nombreuses branches sans suite. En passant dans des étages supérieurs, on arrive à trouver une certaine cohérence et peut-être même le tracé d’un creusement. Malheureusement, un effondrement interdit de le suivre à l’ouest, et à l’est, c’est une étroiture ponctuelle qui bloque le passage.

Nous avons levé 206 m de topographie dans cette grotte pour un dénivelé positif de 23 m.

2) topographie de Dongwan

Sur la rive opposée, on remarque un ravin remontant derrière le petit hôtel accessible par la passerelle. En remontant ce ravin, on remarque sur la droite une petite résurgence de 1 à 2 l/s. Elle est captée pour alimenter quelques maisons et rizières et son entrée sert aussi de lavoir naturellement climatisé par un fort courant d’air.

Les 50 premiers mètres se font accroupi, ou exceptionnellement à quatre pattes dans un ruisseau abondamment colonisé par des crevettes, des niphargus et des crabes. On se relève alors dans une belle salle concrétionnée de 4m de large et 5 de haut. Une galerie fossile repart en arrière au-dessus de l’actif, on peut la suivre jusqu’à une fissure infranchissable. La sortie ne doit pas être bien loin. Sur les banquettes, de beaux rats nous observent.

L’amont de la rivière conserve une bonne largeur sur 50m, puis se rétrécit. Le passage n’est plus possible que dans l’eau jusqu’à la poitrine, à condition de bien s’accrocher aux parois. Il faut ensuite grimper sur un petit dôme de calcite pour remonter une étroiture à contre-courant. On remarque d’ailleurs que cette étroiture a fait l’objet d’une désobstruction : la calcite en porte les cicatrices. Il faut dire que le courant d’air est ici particulièrement fort et que l’on est très naturellement attiré par le gros volume que l’on devine derrière.

En effet, la suite est une salle de plus de 15 m de large par 50 m de long. On remonte sur des gros blocs argileux et on peut alors poursuivre la rivière en passant sous une grosse cascade stalagmitique. Le parcours jusqu’à la seconde sale est sans encombre, si ce n’est qu’il faut se baisser un peu. La seconde salle est également concrétionnée et encombré de blocs. On y trouve notamment deux grosses colonnes. Au-delà, une belle cascade de 5 m vient alimenter un gros plan d’eau. Ces deux obstacles se laissent franchir par une escalade en vire sur la droite. La cavité semble ensuite aller en s’amenuisant. La largeur reste confortable mais on se retrouve contraint à progresser à quatre pattes dans des petits galets. Il semble que le débit soit aussi moindre, sans qu’on ait pu déterminer d’affluent notable. Au bout du compte, on arrive au pieds d’une cascade de 7m. Un vieux bout de bois bien placé montre que cet obstacle a été franchit par le passé. Nous faisons une petite reconnaissance sans faire de topo : la suite consiste en deux méandres, l’un actif et l’autre fossile. Dans le méandre actif, on trouve les premiers déchets de plastique : la civilisation commence à amener ses bienfaits par l’amont.

Dongwan a livré 695 m de topo pour 50 m de dénivellation positive.

3) reconnaissance col de Linaoya

Depuis Wenquan, un peu avant le pont antique de Gongguaoqiao, une piste sur la gauche pénètre une petite vallée latérale. Elle devient vite non carrossable. Après 1,2km, la vallée s’évase. On traverse un premier affluent, puis un second. Au second affluent, un petit sentier monte à flanc de coteau vers la grotte de Liucaogudong, explorée en 2003 (280 m, -15), dont nous reprenons les coordonnées GPS UTM 48R WGS84 E725910 N3122738 825m. Nous redescendons ensuite à Shebagoudong, également explorée en 2003 et qui se trouve presque au-dessous : E726164 N3122708 680 m. Puis nous montons en suivant le flanc ouest du ravin dans lequel sort cette résurgence. A 1km au sud-est, nous observons nettement une grande vallée fermée. La piste que nous suivons la surplombe et nous pouvons voir de loin une belle perte sous un gros porche dont voici les coordonnées approximatives : E725600 N3121800 800m. Nous poursuivons sans descendre la voir de près car il nous reste encore beaucoup à faire.

1km encore plus au sud, à l’altitude 10350 m, le village nommé Hejiawan occupe le col. La piste est désormais carrossable mais on rencontre surtout des motos. Cette piste redescend vers Maojiawan, village situé au sud-ouest du massif, 300 m plus bas, 2,5 km de distance. En descendant dans cette direction, en contrebas après l’école de Hejiawan se trouve une large doline dont le fond est percé d’une petite perte. Après une vingtaine de mètres dans une galerie de 2 x 4, un ruisselet tombe dans une cascade. Seul le courant d’air manque à cette cavité pour en faire un objectif prometteur. Ses coordonnées : E725274 N3120718 1030 m.

Nous reprenons notre ballade en repartant au nord-ouest. A 800 m de Hejiawan, nous passons devant une très belle et grande doline bien visible sur la carte au 1/20000ième. Nous ne trouvons aucune grotte dans ses abords immédiats. Il faut poursuivre encore 200 m dans la même direction pour trouver la perle de la journée : Laoyindong.

Laoyindong, aux coordonnées E724800 N3121500 900m, n’est qu’à 2 km au sud-ouest de Shebagoudong et 220 m plus haut. C’est un superbe puits de 40 m de profondeur dans lequel s’engouffre un canyon plus qu’attrayant. Les dimensions de l’entrée, 20 x 8, ne permettent pas d’évaluer le courant d’air.

Nous avons remonté le canyon au sud-ouest qui alimente cette grosse perte. Il se prolonge au sud-ouest sur presque 1 km et remonte jusqu’au col de Linaoyakou, à 1113 m d’altitude . Ce parcours est très sauvage et la végétation est trop dense pour vraiment parler de prospection en ces lieux. A l’occasion d’un petit ressaut, on franchit la très remarquable limite entre les calcaires cambriens et ordovicien. De l’autre coté du col, un autre canyon parfaitement aligné redescend dans la vallée. Pressés par la montre, nous le longeons sans le visiter grâce à un bon sentier qui suit les crêtes.

Laoyindong est sans doute la trouvaille intéressante de la journée. En effet, selon les vues satellites, ce puits se trouve exactement à la croisée de deux fractures majeures : celle que nous avons suivi dans le canyon est orientée sud-ouest, et celle qui coupe le massif de la Shuanghe orientée nord-nord-ouest.

4) reconnaissance vers le Jinzhongshan

Le Jinzhongshan est le sommet du massif de la Shuanghe. Il n’est pas trop difficile d’accès pourvu qu’on ait pu négocier la montée en camion ou autre véhicule robuste jusqu’au village de Dawan. Autre avantage : c’est à Dawan que se trouve la ferme de Zhao Zhongguo le guide le plus fiable que l’on puisse imaginer lorsqu’on s’intéresse au karst de la Shuanghe. Avec lui, tout est facile, il suffit de lui faire confiance et de renoncer à aller voir toutes les entrées qu’il ne manque pas de signaler de loin. De toutes façon, quand il a décidé qu’une grotte vaut le détour, rien ne l’empêche de faire ce détour.

C’est ainsi qu’à 1,5 km au nord-ouest de Dawan, nous sommes descendu dans le fond du ravin qui se trouve être le prolongement du canyon de Yangjiagu en amont de Huangyudong. Là se trouve une petite résurgence d’où sort un fort courant d’air très froid. Cette grotte a pour nom huotuguoshuidong (E719325 N719325 1380m.). Une petite reconnaissance en short le temps que passe un orage révèle que le courant d’air provient en partie d’une petite entrée supérieur mais principalement d’un effondrement. Zhao dit avoir été très loin dans cette grotte et avoir vu de gros spécimens de wawayu. Il est possible qu’un départ m’ait échappé, mais pour ce qui est des wawayu, le petit lac d’entrée en recèle quelques petits spécimens.

Le wawayu est un animal dont nous avons souvent entendu parler mais sans le voir jusqu’à ce jour. En effet, il s’agit d’une espèce extrêmement rare et protégée. Ils sont décrit comme des sortes de salamandres pouvant atteindre une taille de plus d’un mètre et poussant dans la nuit des cris de bébé, d’où son nom que l’on peut traduire par bébé poisson. Les spécimens que nous avons observés font effectivement penser à des salamandre, mais avec une tête est plus grosse et une peau plus transparente. Les quelques photos que nous avons prises semblent mettre en évidence une capacité à prendre la couleur du support où il se trouve.

L’orage étant passé, nous reprenons notre chemin vers le temple bouddhiste du Jinzhongshan pour y passer la nuit en compagnie de ses trois habitants. Les nouvelles locales sont mauvaises. L’hivers dernier, une dizaine de bandits sont monté et ont volé les grandes statues de bois peint dont nous avions publié les photos dans le Spélunca Mémoires N°30. Pour leur office, les fervents et fidèles ne disposent plus que d’une statuette. Petite est la statue mais grande est la foi. Ce temple n’est pas à proprement parler au sommet du massif, car un piton situé plus au nord-ouest semble une dizaine de mètres plus haut.

Le lendemain, nous poursuivons au nord-ouest et redescendons dans la vallée de Wufengling rendre visite à un temple perché au sommet d’un piton. Ce secteur est sensé abriter la grotte de Jinshadong, mais nous ne l’avons pas vu. Le ravin descendant vers Wufengling est très particulier. Rectiligne et manifestement placé sur une fracture, il semble avoir été le lieux d’une intense activité minière si l’on en juge par les tas de pierre qui font plus penser à des murs de déjection qu’à des remparts ou des aménagements pastoraux. D’autre part, un petit canal et une ancienne route empierrée le traverse. Au sommet du ravin se trouve une autre curiosité locale : sur un même tronc poussent trois arbres que l’on distingue uniquement par les différences de feuillage. D’après Zhao, nous ne sommes pas très loin de Tianbaodong, exploré en hivers 2006.

Notre retour au bercail ne s’est pas fait sans repérer quelques entrées. La première, Shihuidan (E719716 N3129942 1350m) est une perte au bord d’une doline à fond plat envahie de végétation, c’est un laminoir plutôt étroit avec un léger courant d’air aspirant. La seconde, Liangtrucchosefengdong (E720231 N3129523 1260m) est un petit puits avec un bon courant d’air soufflant bien situé en bordure d’une combe. Plus bas sur le flanc de cette même combe se trouve fanbeijiafengdong (E720421 N3129438 1240m), une galerie basse également prometteuse et dotée d’un puissant courant d’air soufflant. En descendant, la combe se s’encaisse à l’approche du canyon de Yangjiagou. Un sentier suit sa rive gauche. Juste avant la confluence se trouve Yankoushuidong (E720994 N3129398 1120m), une grosse galerie parcourue par un petit actif d’où s’échappe un gros courant d’air. A peu près en face, sur la rive droite du ravin qui ici fait plus de 100m de large se trouve un résurgence plus petite nommée Longdongshuidong (E721054 N3129218 1120m), il s’agit cette fois d’un canyon souterrain qu’il semble difficile de remonter sans se mouiller. Une fois de plus, on est frappé par l’abondance du courant d’air. C’est en remontant sur le plateau et presque de retour à Dawan que nous trouvons la dernière entrée de la journée : Zhangjiaotrucshuidong (E720967 N3129034 1190m), que l’on aurait volontiers laissé de coté si son courant d’air n’avait imposé une petite inspection. Après une puits d’entrée de quelques mètres et un passage entre les blocs, on trouve un grand méandre.

L’ensemble des entrées repérées dans ce secteur ont la particularité de s’ouvrir dans l’ordovicien. Il semblerait que l’on rencontre à ce niveau beaucoup de creusements pénétrables, toute la question sera de savoir si l’on restera dans cette couche ou si certaines cavités suivront l’exemple de Huangguatoudong qui a trouvé une voie vers les réseaux du Cambrien. Dans cette hypothèse, l’une de ces entrées peut être un accès aux réseaux amont de Longtanzishuidong qu’un siphon nous a jusqu’alors empêché d’atteindre.

5) film CCTV

A la demande de la CCTV, nous avons aidé à la réalisation d’un film dans les grottes de Shuanghe. Le thème : deux équipes de jeunes veulent découvrir la spéléo en s’affrontant au travers de jeux. Trois films de 25 mn ont été ainsi réalisés. Lors des séances souterraines j’ai pu constater que la topo du labyrinthe d’entrée de Mahuangdong gagnerait à être refaite intégralement car le nombre de galeries manquantes est supérieur aux galeries topographiées. Nous avons fait aussi des observation faunistiques à Hejiaodong et Yinhedong qui n’apportent rien de nouveau si ce n’est la présence de larves d’insectes dans la «Piscine du Milliardaire » de Yinhedong.

B) Ziyun

1) visite à la Gebihe.

Un petit détour nostalgie par la Gebihe ou le paysage est en pleine mutation. Le magnifique porche de la perte se visite en bateau à moteur, un grimpeur fait une démonstration d’escalade en libre à plus de trente mètres au-dessus de la rivière pour évoquer la tradition de chasse aux nids d’hirondelle. On trouve encore dans les parois de vieux bambous de cette époque. Nous filons ensuite bien vite au porche aval, coté résurgence. Une piste pas trop mauvaise permet de s’y rendre. Le temps de gonfler les canots et de faire quelques navettes, et nous voilà dans la salle des Miao, presque telle que nous l’avions exploré voilà 17 ans. Les chaleurs estivales aidant, on peut repérer un gros courant d’air dès l’entrée, et trouver ainsi l’amorce d’une galerie de 30 m de diamètre d’où il provient. Une reprise de l’exploration de cette salle serait utile.

2) huánghèyinshuǐdòng

Sur le retour, entre Ziyun et Anshun, nous avons fait un détour pour nous arrêter à Huangheyishuidong (E618762 N2870264 1200m) cette cavité sommairement aménagée est un regard sur une rivière souterraine de 300 l/s environ qui s’écoule paisiblement entre des dunes de graviers. A l’amont, se trouve un siphon, nous avons suivi l’aval jusqu’à la base d’un beau puits à ciel ouvert. L’ensemble de ce que nous avons vu développe plus de 300 m.

Conclusion et perspective

Cette petite escapade sans objectif spéléologique précis apporte quelques petits cailloux de plus à l’édifice.

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